La pratique avec l’enfant 

et l’adolescent 

 

Objectif de la formation : 

Cette formation s’adresse à des psychologues et vise le savoir spécifique, les repères  qu’ils ont à construire pour exercer leur métier. Pour ce faire, nous questionnerons tant la clinique de l’enfant et de l’adolescent que la  pratique du psychologue en institution.

Modalités pédagogiques : 

Chaque séance se déroule en deux parties : un temps d’analyse de pratiques suivi d’un temps d’apport théorico-clinique.

Intervenants : 

Isabelle SEFF : Psychologue clinicienne en pédopsychiatrie, chargée de cours à l’Université Toulouse Le Mirail, superviseur en clinique de l’enfant.

Jean-Pierre BONHOMME : Psychologue clinicien dans le champ de la protection de l’enfance.

Programme

 

Séance 1 : Le psychologue engagé dans la clinique infantile en institution

Animation Isabelle Seff et Jean Pierre Bonhomme 

Le psychologue arrive toujours à une place assignée dans l’institution, même quand elle ne sait pas, surtout quand elle ne sait pas, ce qu’elle lui demande. Il est  à la fois confronté aux effets du transfert des équipes et aux enjeux politiques qui orientent les institutions. Si on peut considérer comme inhérent à sa position qu’il vienne incarner une surface de projection, cette dernière doit être bordée. Il n’y a pas d’espace clinique possible si le psychologue reste pris dans l’imaginaire institutionnel ou s’il passe toute son énergie à s’en défendre.

Le clinicien ne peut attendre de l’institution, y compris de ceux qui la gouvernent, qu’elle vienne tenir cette fonction de bord, ce qui reviendrait à leur laisser définir son « utilité ». Il ne faut pas non plus s’illusionner quant à une possible extraterritorialité du psychologue. Il est dans l’équipe puisqu’il est partie intégrante de l’organisation institutionnelle et il est de sa responsabilité de définir la position spécifique qu’il vient y occuper.

A quelle place est convoqué le psychologue en institution ? Comment se décaler de cette place, imaginaire et assignée, à la fonction, symbolique et assumée ?

Ce premier enjeu que soulève la pratique en institution se redouble d’un second plus spécifiquement lié à la clinique infantile. Au-delà d’une référence commune à des concepts analytiques fondant une approche psychodynamique, la clinique auprès des enfants et adolescents se caractérise en effet par la diversité de ses modèles : le psychologue n’y trouve pas de standard quant aux modalités pratiques, au cadre, au déroulement.

Cela amène chaque clinicien à inventer, expérimenter, adapter un dispositif. La clinique infantile favorise la créativité. Nous pourrions même dire qu’elle y contraint car certaines spécificités s’imposent et constituent toujours des points de butée dans la pratique avec l’enfant et l’adolescent.

Quelle place doit-on accorder aux parents ? Comment traiter la question de la demande qui n’est que rarement énoncée comme telle ? Quel usage est-il fait de la médiation, du jeu et du dessin, qui donne à la parole et à l’interprétation un statut particulier ? En quoi les modalités du transfert se trouvent modifiées de n’être pas prises dans la même temporalité que chez l’adulte ?

Séance 2 : Le transfert et  ses spécificités dans la clinique infantile

Animation : Isabelle Seff  

Le dispositif thérapeutique n’est pas assimilable à une coopération partenariale contractuelle. Il y a une asymétrie de position du psychologue et du patient redoublée, dans la clinique infantile, du rapport de l’adulte à l’enfant. D’où la nécessité de se dégager d’une position éducative, souvent projetée par l’enfant de prime abord, tout en maintenant un cadre permettant à la dimension conflictuelle du transfert de se déployer.

Il y a dans le transfert une dimension d’épreuve, une confrontation inévitable aux résistances. Le transfert est toujours une dynamique du conflit et être en position de clinicien, c’est savoir le supporter. Avec l’enfant et l’adolescent, il s’agira même plus souvent de supporter le transfert que de s’en servir.

Comment cette dimension du transfert se déploie-t-elle sur la scène institutionnelle ? A quelle place et sous quels modes le psychologue est-il convoqué par l’enfant et l’adolescent ? De quelle façon peut-il s’appuyer sur ces effets de transfert ? Que s’agit-il alors de rendre opératoire ?  Dans quelles visées ?

 Séance 3 : Symptôme et institution

 Animation : Jean Pierre Bonhomme

Les enfants et adolescents que nous rencontrons dans des lieux de placement ou en hospitalisation y entrent avec des symptômes plus ou moins visibles et bruyants.

Chaque professionnel, quelle que soit sa place dans un dispositif, repère bien que ces symptômes ne sont pas toujours réductibles : conseils, demandes, exigences et autres interventions sont parfois sans effet.  Inévitablement se déploie dans l’institution le symptôme dans ses différents aspects, celui dont on se plaint et dont on voudrait se débarrasser, celui on tient comme à une part de soi-même.

L’institution est elle-même traversée par cette conflictualité propre au symptôme, aux prises avec les tensions que son accueil génère. Le symptôme lie le collectif institutionnel, l’identifie, devient l’instrument qui sert, voire règle, son fonctionnement.

Du n’en « rien vouloir savoir » au mimétisme en passant par le partage, comment le collectif institutionnel accueille et fait usage du symptôme ? Comment le clinicien peut penser l’articulation de l’individuel du symptôme et du collectif institutionnel ? Comment entendre et faire entendre quelque chose de la position subjective ? Comment mettre à jour la jouissance qui circule sans attaquer par là-même ce qui fait lien

Séance 4 : La place des parents dans le dispositif thérapeutique

Animation : Jean Pierre Bonhomme 

Les parents sont en général les premiers interlocuteurs, ce sont eux qui amènent l’enfant, fût-il adolescent, et formulent la demande de consultation. Leur place dans la prise en charge ne cessent de faire débat et, dans la pratique, chaque clinicien est amené à des questionnements et positionnements successifs.

Le psychologue peut adopter à leur égard une attitude de prudence, pour ne pas dire de défiance, s’en tenir à l’écart en considérant que, comme c’est la règle dans la cure analytique, la parole des tiers ne doit pas interférer. Il méconnait alors l’aliénation particulière qui est celle de l’enfant en nourrissant le mythe d’un désir « propre », autonome de celui-ci. A contrario, certains radicaliseront la place des parents dans le dispositif clinique et feront de leur alliance thérapeutique la condition sine qua non d’un travail possible. Cette alliance thérapeutique s’avère pourtant très souvent irréalisable au point de se demander si cette notion n’est pas aussi un mythe.

Entre défiance et alliance, quels espaces peuvent être aménagés pour les parents ? Comment traiter la question de leur propre transfert, les effets de résistance qui y sont inhérents et que n’annihile pas leur bonne volonté ?

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Séance 5 : Les enjeux et particularités de la clinique avec les enfants

Animation : Isabelle Seff   

L’enfant est dans une position particulière d’aliénation et il serait tout à fait artificiel de considérer qu’il est libre de son désir. Il n’est pas décisionnaire, il est pris dans le discours et le symptôme de l’autre parental du fait même de sa position d’enfant. Cette réalité qui doit être actée dans le dispositif clinique se mesure à l’aulne de ses conséquences.

Ce qui s’y déroule pour l’enfant  ne se joue pas seulement sur la scène psychique, dans l’ordre  de la réminiscence et de la répétition comme pour l’adulte. Le lien aux imagos parentales est à l’œuvre dans l’actuel, dans le réel. « Ma mère ne m’a jamais aimé et préférait mon frère » n’est pas assimilable à «  ma mère ne m’aime pas, elle préfère mon frère ». Dans un cas, le clinicien va travailler les effets de répétition qui sont repérables dans le rapport à l’autre, dans la relation à son partenaire, sa propre parentalité. S’agissant d’un enfant, il tentera de l’aider à se dégager, à se construire malgré ou avec la famille qui est la sienne.

Comment cette position d’aliénation réelle à l’Autre parental se traduit dans le dispositif clinique ? De quelle façon le clinicien peut en prendre acte concrètement ?

Dès lors, que représente un  psychologue pour un enfant ? Quelle place est-il invité à occuper ?

 

Séance 6 : La rencontre clinique avec les adolescents

 Animation : Jean Pierre Bonhomme 

Acter dans le dispositif la spécificité de la clinique infanto-juvénile, c’est accueillir la mise à l’épreuve de l’autre qui la caractérise, en particulier chez l’adolescent. Celui-ci attend une réaction qui constitue une réponse à son questionnement identitaire (« qui suis-je ? ») et à sa demande fondamentale (« dis-moi qui je suis ? »). Bien sûr il ne s’agit pas d’apporter une réponse à ce type de questionnements, pas plus quand le patient est adolescent que lorsqu’il est adulte, mais la non-réponse ne consiste pas forcément à se taire.

L’impossibilité de savoir est une caractéristique qui définit l’adolescence. Certains adolescents nous le répètent, n’étant pas en possibilité d’associer, de donner des éléments de causalité, d’élaborer, de se remémorer. L’agir est souvent pour eux une manière de penser qui vient en lieu et place de la parole. Dans leurs dires, le clinicien retrouve cette dimension de rupture, tant dans la mise en question des désirs  parentaux que dans le montage d’idéaux  inatteignables.

Avec l’adolescent quels repères sont en prendre en compte pour s’orienter dans le travail clinique ? Quelle est la place du psychologue dans le transfert ? L’objection de l’adolescence est-elle adressée au clinicien ou au transfert ?

Séance  7 : La parole de l’enfant dans l’espace clinique et institutionnel

Animation Isabelle Seff  

Communément, l’adresse vers le psychologue s’appuie sur une incitation à parler parce que c’est supposé faire du bien. La fétichisation de la parole comme résolutoire qui est largement diffusée  va de pair avec le retour à une conception linéaire de la causalité traumatique : on vit une situation traumatique, on en parle, et on évite ainsi la constitution du trauma ou on en diminue l’effet. C’est oublier que le traumatisme ne se constitue jamais que dans l’après coup, après être passé par le « filtrage du sujet » qui en est  son premier traitement.

La déontologie du psychologue amène également à penser qu’il faut protéger l’espace de parole de l’enfant, lui donner un lieu qui soit le sien, garanti par le secret de ce qui s’y passe. Or il n’est  pas rare que l’enfant ou l’adolescent se saisisse tout autrement de cet espace : plutôt que de taire sa parole, il souhaite que son désir soit médiatisé.

Le clinicien ne se trouve plus tenu au silence mais au contraire à porter la parole du sujet qui n’ose la soutenir seul auprès de ses parents ou de l’institution.

Si le dispositif clinique mis en place avec l’enfant ou l’adolescent est bien un lieu de parole, s’agit-il pour autant de les faire parler ? L’élaboration que permet la parole passe-t-elle obligatoirement par l’expression verbale ? Plus que ce qu’y est dit, n’est-ce pas essentiellement la dimension de l’adresse qui est ici opératoire ? Comment le clinicien se saisit-il alors des paroles ou productions dont il est destinataire ?

Séance 8 : Le désir du psychologue et le cadre thérapeutique

 Animation Isabelle Seff et Jean Pierre Bonhomme 

Une démarche ne peut se qualifier qu’à partir des références théoriques qui repèrent la position du clinicien, dans ses dimensions éthique et politique. Cette position repose fondamentalement sur une définition de la clinique, elle-même porteuse d’une vision du sujet et d’une finalité quant au rôle du psychologue dans la société.

Françoise Dolto disait ainsi aux enfants : « je suis là pour que tu deviennes ce que tu es », traduction à la fois littérale et personnelle du « wo ist das, soll ich werden » de Freud. C’est là un objectif extrêmement ambitieux, inatteignable, mais qui place résolument la fonction clinique au service de la liberté du sujet.

La position clinique suppose  d’une part de ne pas savoir à l’avance ce qui va advenir parce que le sujet n’est pas prédictible, et d’autre part de viser un au-delà des manifestations symptomatiques qui ne seront jamais prises que comme telles.

Elle suppose un cadre qui ne s’apparente pas à un dispositif figé, à  un référentiel codé et immuable mais plutôt à un ensemble d’actes simples ayant une portée symbolique dans un contexte circonstancié.

Les enfants et les adolescents interpellent souvent  le cadre thérapeutique  sur le mode qu’ils connaissent le mieux, l’éducatif. Aussi l’attaquent-ils  fréquemment et, si le psychologue ne répond pas de la manière attendue, la question se pose de ce qui vient faire limite pour eux dans cet espace. Le cadre clinique doit permettre d’inscrire la liberté sur fond de contraintes, le déploiement de la subjectivité dans un espace structuré par les énoncés.

Par ailleurs, la garantie du dispositif thérapeutique repose sur les conditions d’exercice au sein de l’institution. Le cadre clinique s’inscrit dans un entre-deux entre la dimension institutionnelle qui fonde le cadre professionnel et la dimension  subjective qu’accueille le cadre thérapeutique. Dans la pratique en institution, l’un et l’autre ne se recouvrent pas.

Comment une clinique du sujet peut se décliner dans l’institution ? Comment le psychologue peut-il y soutenir son désir et l’inconfort de sa position ?

Comment faire exister un cadre thérapeutique dans un espace institutionnel ? Quelles modalités concrètes permettent de le définir, de le délimiter ? Comment l’enfant, l’adolescent se l’approprie ? Qu’est-ce qui permet au clinicien de le faire vivre ?

Public

Psychologues – Groupe de 5 à 12 personnes

Durée

32 heures à raison de 8 séances de 4 heures, le samedi de 9h à 13h

Coût

736 € en individuel – 1056 € en formation continue

Renseignements et inscription

auprès du secrétariat de (sic)-Association

Contact

 « (sic) » – Association  de psychologues cliniciens

38, bd de la Gare 31500 Toulouse

Métro : Marengo SNCF (ligne A) ou Jean Jaurès (lignes A et B)

Bus : 23 & 27 – Arrêt « Colombette »

Tél : 05 61 62 00 62

Courriel : sic-association31@gmail.com

Site internet : sic-psychologue.fr